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Si l’on excepte la communauté civile de VINH, qui resta captive pendant presque toute la guerre d’Indochine dans l'indifférence la plus complète du gouvernement français, jusqu'au désastre de CAO BANG, rares furent les prisonniers français. Très peu de ceux qui furent capturés avant cette époque survécurent au traitement qui leur fut infligé. Les massacres de prisonniers, entre 1946 et 1950, les corps mutilés et déchiquetés font alors partie d’une panoplie de moyens au service de la stratégie de l’époque pour saper le moral des Français. Cette méthode du meurtre organisé se perpétra au-delà de 1950 pour les Vietnamiens que le Viet-Minh considérait comme nuisibles à sa cause .

Au Nord Viet-Nam, à partir d'octobre 1950, le Viêt-Minh, placé brusquement à la tête d’un contingent de trois mille prisonniers, organise un système de camps les regroupant selon leurs grades, leurs nationalités et l’intérêt qu’il entend en tirer en matière de propagande à court, moyen ou long terme. Parallèlement, l’état major Viet-Minh peaufine avec l’aide de partis communistes frères la mise au point des techniques de leur utilisation.

Au Sud Viet-Nam, les otages militaires et civils étaient peu nombreux. Ils furent dispersés au grés des opérations de guérilla dans les zones administratives viets du Nambo sans qu'un véritable regroupement ait jamais été réalisé.

Au Cambodge et au Laos, les cas de capture de civils ou de militaires français furent rarissimes et le problème, en conséquence, n'était pas traité.

On cite généralement le chiffre de 40000 prisonniers du Vietminh pour le conflit indochinois qui dura de 1945 à 1954. A la fin des hostilités, deux documents sur le nombre des prisonniers de guerre du Corps Expéditionnaire Français en Extrême Orient dans les camps Viêt-Minh de 1945 à 1954 furent établis :

l’un est un rapport du Médecin Commandant Martin d’octobre 1954
l’autre est une note n° 1929/EM CEC/MDL du 8 juillet 1955.

1° Situation établie par le Médecin commandant Martin

  Disparus et présumés prisonniers à la date du 20 octobre 1954 (Depuis 1945) Libérés entre le 14 juillet 1954 et le 20 octobre 1954, faisant l’objet du présent rapport
Français 6449 2587
Légion Etrangère 6328 2567
Nord-Africains 6695 3369
Africains 1748 796
Autochtones 15759 1435
Total 36979 10754

 

2° Note n°1929/EMCEC/MDL du 8 juillet 1955

  Français Légion Etrangère Nord-Africains Africains Total Autochtones Total général
PG et disparus
au 30 juillet 1954
6449 6329 6695 1774 21247 15859 37106
Personnels libérés fin 1954 2591 2570 3370 796 9327 1648 10975
Jugements de décès intervenus depuis 1954 985 481 146 22 1634 388 2022
Situation des manquants au
1er juin 1959
1982 2494 1679 283 6438 12927 19365

 

Ces chiffres relatifs au nombre de prisonniers et à celui des libérés, qui ne diffèrent que de quelques unités, sont fiables et ils ont été repris dans la thèse pour le Doctorat d’Université soutenue par le Colonel (er) Robert BONNAFOUS devant le Centre d’Histoire militaire et d’Etude de la Défense Nationale.

Aucun rapport officiel n’a été établi concernant les prisonniers civils. Ils auraient été de 2894 à 3021. En incluant les autochtones, ce chiffre se situe probablement bien au-dessous de la réalité. Combien furent libérés ? Probablement très peu.

Dans les premiers mois de l'année 1950, le Parti Communiste français, devenu une véritable base arrière du Vietminh, se déchaîna contre la guerre d'Indochine. L'un de ses responsables, Léo FIGUERES, membre du Comité Central et Secrétaire Général de l'Union de la Jeunesse Républicaine de France, arrive au Viet Bac. Il rencontre les dirigeants de la RDV (République Démocratique du Viet-Nam). HÔ CHI MINH, interrogé sur le sort des civils et des prisonniers de guerre internés sur son territoire, lui répond : “Nous faisons tout notre possible pour améliorer leurs conditions de vie. Ils sont mieux nourris que nous. J’ai reçu d’eux pas mal de témoignages de gratitude.” Cette réponse est publiée dans le journal “L’Humanité dimanche” du 22 octobre 1950. Le même HÔ CHI MINH lui suggère que des échanges de prisonniers soient l'occasion de contacts préliminaires qui ouvriraient la voie à des pourparlers politiques. Sur place, Léo FIGUERES obtient la libération de 52 otages français, dont des vieillards et des enfants pris à HONGAY, contre l'élargissement de centaines de prisonniers vietminh.

Ainsi voit-on poindre la stratégie vietminh vis-à-vis des prisonniers français : dans un but de propagande, on laisse partir, après les avoir endoctrinés, de petits contingents qui portent des noms pompeux comme celui de "combattants de la paix".

Parallèlement, après octobre 1950, les cadres de l'armée française regroupés dans le camp N°1 sont amenés, à la suite de plusieurs mois d’un subtil lavage de cerveau sur des corps affaiblis, à signer un manifeste dénonçant la « sale guerre d'Indochine ».

Pour le Parti Communiste Français qui avait choisi nettement son camp, celui du Vietminh, le séjour de FIGUERES aboutit à l'envoi, sur demande des Viets, de deux militants français pour représenter le PCF auprès de la RDV : une délégation en quelque sorte. Les deux "Camarades coopérants" arrivent en Indochine en janvier 1951. Leur mission sera de conseiller le Viet-Minh sur les thèmes de propagande à développer à l'adresse des prisonniers de guerre du CEFEO. Ils seront aidés en cela par des conseillers d'autres Partis Communistes nationaux car l'Europe, par la Légion Etrangère, et tous les pays de l'Empire français se battent en Indochine.

Les prisonniers du Viet Minh devenus des matériaux de propagande, devaient, selon les lieux, les époques et les circonstances, servir ou mourir. Ce système savamment mis en place se traduit par une effroyable hécatombe. Quelques chiffres traduisent dans leur brutalité l’horreur à laquelle on était parvenu. Le taux moyen de mortalité dans les camps vietminh de 1946 à 1954 fut de plus de 60 %. Lorsque l’on rentre dans le détail, les constatations sont parfois ahurissantes. Sur les mille neuf cents prisonniers des camps 2, 4 et 5 qui furent capturés sur la RC 4 entre septembre et octobre 1950, seulement trente-deux survivants regagnèrent le camp N° 1 en août 1952. Le taux de mortalité fut donc de plus de 90%. Il s’agit dès lors ici d’extermination rapide.

Un peu plus de dix mille hommes furent faits prisonniers à Dien Bien Phû. Après de très durs combats, le commandement vietminh organisa pour eux une “marche de la mort” pour regagner les camps. En quatre mois de captivité, le taux de mortalité fut de plus de 70%. N’oublions pas que ce mépris de la vie humaine conduisit à la fin de la deuxième guerre mondiale les officiers japonais responsables de la marche de la mort des Philippines à la condamnation pour crime de guerre et à la pendaison.

Pendant toute la guerre d’Indochine, la Croix-Rouge ne reçut jamais l'autorisation de visiter les camps et les médecins prisonniers furent, sauf de très rares exceptions, interdits de pratique, et regroupés au camp des officiers.

Les prisonniers libérés revenaient épuisés, dans un état squelettique. La plupart durent être hospitalisés et leur vision évoquait celle des retours des camps de concentration.

Plus de 35 années se sont écoulées entre la libération des camps et le vote de la loi 89-1013 du 31 décembre 1989. Beaucoup d’anciens prisonniers sont morts au cours de cette longue période et dans leur très grande majorité, les survivants, pour ne pas dire la totalité, ont demandé à bénéficier du statut de Prisonnier du Vietminh (PVM) créé par cette loi.

La Commission nationale d’attribution du titre de PVM, présidée par le Directeur des Statuts, des pensions et de la réinsertion sociale du ministère des Anciens combattants a attribué, du 17 décembre 1990 à ce jour 2975 cartes reconnaissant le statut de prisonnier du Vietminh.

Parmi les bénéficiaires de celles-ci, 600 adhérents de l’ANAPI sont décédés.

Dans l’ignorance du nombre de bénéficiaires non adhérents à notre association qui ont pu également disparaître depuis l’attribution de leur carte, on peut estimer que le nombre maximum des survivants de cette tragédie n’excède pas 2000 à ce jour.

Taux de mortalité dans différents camps de prisonniers

 

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